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La qualité de vie des usagers de drogues : l’expérience des Alpes-Maritimes (1)


Août 2005

L’amélioration de la qualité de vie est l’un des buts de la prise en charge des Usagers de Drogues (UD). La qualité de vie objective, appréciée par un observateur extérieur, n’apporte que peu d’éléments supplémentaires à l’analyse de la situation du patient. Par contre, la qualité de vie subjective, qui peut être définie comme l’appréciation par le sujet de ce dont il fait l’expérience, apporte au soignant un élément complémentaire à son point de vue clinique. L’opinion du patient, en tant que sujet, contribue au projet de soin individualisé.

En 2002, nous avons mesuré le niveau de la qualité de vie des UD fréquentant un lieu d’accueil dit à bas seuil d’exigence, la boutique « Entractes » de Nice, ou le Centre de Soins Spécialisés pour Toxicomanes (CSST) de Cannes pour une prescription d’un traitement de substitution aux opiacés. Nous avons utilisé le « Profil de Qualité de Vie Subjective » (PQVS) développé et validé par l’équipe de SCRIPT-INSERM de Lyon, notamment pour des populations toxicomanes ou souffrant de troubles psychiatriques. Il explore la « satisfaction », la « capacité à faire face » et « l’attente de changement » des personnes au moyen de 34 items. Notre questionnaire comprenait en plus des informations socio-démographiques, des données sur la consommation de substances psycho-actives et sur les traitements de substitution.

Les UD du CSST de Cannes (67 patients) et de la boutique « Entractes » de Nice (100 UD) avaient des caractéristiques socio-démographiques et d’usage de drogues différentes. Les patients du CSST étaient plus âgés, ils avaient plus souvent des enfants, un logement stable et des ressources que ceux d’« Entractes ». Les antécédents d’incarcération étaient proportionnellement moins nombreux dans cet échantillon que dans celui d’« Entractes », mais se situaient pour les deux populations à un niveau élevé (44 %). Le recours à la consommation de substances psycho-actives était plus fréquent chez les UD d’« Entractes », notamment pour l’alcool et le cannabis. En raison des critères d’inclusion, la population du CSST était composée uniquement de patients recevant un traitement de substitution aux opiacés, alors que celle d’« Entractes » comprenait tout type d’UD.

Un taux bas du score de satisfaction associé à un taux élevé du score des attentes de changement est le signe d’une qualité de vie médiocre. C’est le cas pour nos deux populations, mais de façon plus prononcée pour les UD d’« Entractes ». Chez les UD du CSST, les scores de satisfaction les plus élevés étaient ceux portant sur la vie fonctionnelle, et la vie relationnelle, la vie spirituelle et la dépendance aux drogues. A l’opposé, les scores les moins élevés touchaient les items relatifs à l’intérêt pour ce qui se passe dans le monde, les ressources financières et l’image de la toxicomanie dans les médias.

Chez les UD d’« Entractes », les scores de satisfaction les plus élevés portaient sur le sentiment de liberté et les items explorant la vie fonctionnelle, la vie spirituelle et la vie relationnelle. Les scores les moins élevés touchaient les items relatifs à l’intérêt pour ce qui se passe dans le monde, les ressources financières et l’image de la toxicomanie dans les médias. L’alcool bénéficiait d’un score de satisfaction plus élevé que celui sur les drogues.

Les UD s’étant déclarés sans revenus exprimaient plus de satisfaction que les autres, dans le domaine de la drogue, du temps libre, de l’alcool et de leur aspect physique. Les UD ayant une prescription de traitement de substitution se déclaraient moins souvent satisfaits que les autres dans les domaines de la forme générale, des douleurs, de la santé physique, et par rapport à ce qui se passe dans le monde.

Dans les deux populations, les scores d’attente de changement se situaient en miroir des scores de satisfaction. Les scores agrégés du PQVS montrait que la population du CSST se caractérisait par un score de satisfaction plus élevée et un score d’attente de changement plus faible que ceux de la population d’« Entractes ». En ce qui concernait les attentes de changement, il est intéressant de noter que les patients se classaient à peu près au même rang pour l’alcool (32 è pour les patients du CSST et 31è pour ceux de la Boutique), mais à des rangs très différents pour les drogues (4 è pour les patients du CSST contre 26è pour ceux d’« Entractes »). Le PQVS peut être réalisé en routine dans nos contextes professionnels différents. Ce travail nous a servis à mieux connaître les populations fréquentant nos deux structures. Il nous permet d’adapter et de faire évoluer les projets de soins proposés.

Moïse SARFATI, Praticien Hospitalier, Centre Spécialisé de Soins aux Toxicomanes, Hôpital de Cannes, Bernard PROUVOST-KELLER, comité de rédaction

(1) La qualité de vie subjective chez les usagers de drogues. L’expérience des Alpes-Maritimes,Alcoologie et Adictologie 2004 ; 26 (4) : 327-334
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