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L’interprétation d’une sérologie VIH négative


Août 2005

Plus de 40% des appels que nous recevons à Sida Info Service (SIS) concernent le dépistage du VIH et la moitié d’entres eux porte sur la validité et la fiabilité des réponses données par les test (1) (2).

Qu’en disent les médecins ? (2)

On constate que l'interprétation des résultats négatifs d'une sérologie VIH est très variable selon les praticiens. Il s’agit d’un compromis entre un discours qui accorde un crédit suffisant au test à un mois et les recommandations validées qui préconisent une réponse certaine à 3 mois (3). Entre 4 et 8 semaines, la plupart des médecins s'accordent sur un pourcentage de fiabilité du test égal à environ 99%. Un très petit nombre de praticiens estiment que le test est fiable à 100% à 4 semaines. Entre 8 et 12 semaines, nombre de médecins considèrent que le test est fiable à 100% et qu’il n’est pas nécessaire d’en refaire un autre. Quelques uns insistent sur la fiabilité à 13 semaines et se conforment alors aux recommandations actuelles. Il y a donc une hétérogénéité des pratiques et des discours médicaux sur ce sujet.

Qu’en disent les patients ? (4)

Chez les appelants de la ligne de SIS, on note tout d’abord une confusion entre la fenêtre sérologique et le délai entre la prise de sang et la remise du résultat. C’est au moment où elles obtiennent des informations précises sur le dépistage que les personnes prennent parfois conscience du délai de 3 mois entre la prise de risque et la certitude d’une absence de contamination. Cette attente provoque de réelles désillusions. Les appelants qui déclarent connaître le délai de séroconversion évoquent un délai de durée variable : un, deux, trois mois, voire plus.

Qu’en disent les écoutants de SIS ?

Nous devons répondre à des questions telles que : « J’ai fait un test six semaines après une prise de risque. On m’a dit que c’était bon. Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que je peux vraiment être rassurée ? » La gestion de ces appels est particulièrement complexe, notamment lorsqu’un médecin a affirmé à l’appelant qu’il n’était pas contaminé, à partir d’un test pratiqué moins de trois mois après une prise de risque. Aux yeux d’une personne qui va se faire dépister, l’absence de cohérence des discours peut discréditer les différents interlocuteurs qu’elle rencontre : médecin prescripteur, médecin ou pharmacien biologiste, infirmière ou technicien de laboratoire, écoutant de SIS ou tout acteur de prévention… En effet, la personne est incapable d’évaluer elle-même la véracité des informations obtenues. Dès lors, tout ce qu’elle pensait fiable vole en éclats et elle se retrouve dans une situation émotionnelle très difficile à gérer avec une perte de repères et de valeurs. Le doute installé remet en cause toutes les informations en lesquelles l’appelant avait foi laissant ainsi place à une anxiété qui empêche toute perception rationnelle de la situation. Le paradoxe est qu’on se retrouve face à des appelants dont l’inquiétude n’a aucun fondement réel, mais qui vont désormais exprimer un questionnement parfois obsessionnel des pratiques à risques et des modalités des tests, induits par cette perte de repère. Cette hétérogénéité des discours nuit également à la cohérence du message de prévention diffusé auprès du grand public.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation étonnante où les progrès de la virologie induisent des discours médicaux hétérogènes sur l’interprétation d’une sérologie VIH négative et génèrent de ce fait une angoisse chez les patients. Pour limiter cet effet délétère, il est essentiel que tous les intervenants adoptent une chronologie commune du dépistage avec, notamment, un message fort : on ne peut affirmer l’absence de séroconversion que 3 mois après l’exposition au VIH. Ainsi, les personnes ayant fait leur test pourront mieux dépasser leurs inquiétudes et élaborer durablement une stratégie personnelle de prévention.

Sophie BECQUET, Coordinatrice départementale de Sida Info Service

(1) « Le dépistage du VIH en France », X. BERTIN, M. LEFRANC, M. OHAYON, janvier 2005; SIDA grande cause nationale, mois sur le dépistage.
(2) « Les consultations de dépistage anonyme et gratuit : premiers résultats d’une étude menée sur la perception des professionnels de leurs pratiques » M. LEFRANC, X. BERTIN, B. NKOMBE, S. PARMENTIER,Actes de la journée nationale du dépistage, juin 2003.
(3) Sauf pour les personnes ayant bénéficié d’une prophylaxie antirétrovirale précoce post exposition au VIH. En effet dans ce cas, la fenêtre sérologique ou immunologique peut être plus importante et la séroconversion intervenir plus tardivement, 3 mois après la fin du traitement antirétroviral.
(4) « Vécu et subjectivité du dépistage du VIH, les témoignages des usagers auprès de Sida Info Service » F . BOULAY, X. BERTIN, F. MARCE, J.-L.TABOURIN, O.VALENTE,Y.WESTERMANN,V. HUGO, B.ASTIER,Actes de la journée nationale du dépistage, juin 2003.
L'information mise à disposition sur www.revihop06.org vise à soutenir et à renforcer l'information sur des questions en rapport avec la santé. En aucun cas elle ne se substitue à la relation entre un soigné et un soignant. Responsable éditorial : B. Prouvost-Keller, Médecin coordinateur Réseau Ville-Hôpital VIH
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