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Médias et VIH : un défi à relever ? (1)


Août 2005



Bernard Prouvost-Keller : Pierre HILLION, vous êtes chef de rubrique santé et responsable des pages santé à Nice-Matin. Comme vous le savez, le Sida est la « Grande cause nationale 2005 ». Comment votre journal s’investit-il sur ce thème ?

Pierre Hillion : Les pages santé de Nice-Matin/Var-Matin/Corse-Matin paraissent une fois par semaine. Cette parution hebdomadaire nous permet de ne pas coller strictement à l’actualité et de parler des thèmes de santé, dont celui du sida, toute l’année. Cependant, à l’occasion de la « Grande cause nationale », nous rendons bien évidemment compte des différentes manifestations qui se déroulent dans notre région. Nous avons déjà publié un article sur la prévention, la précarité et le VIH et sur la vulnérabilité des femmes face au sida(2).

B. P-K. : Le label « Grande cause nationale » permet une plus grande médiatisation du thème choisi durant toute l’année. Selon vous, comment les acteurs de la lutte contre le sida de notre région pourraient-ils réussir cette médiatisation ?

P.H. : Tout d’abord nous, journalistes, avons besoin d’une mobilisation des experts régionaux sur ce thème. Ce sont eux qui donnent l’impulsion et la matière indispensable à cette médiatisation. Avec eux, nous pouvons trouver les informations qui intéressent le grand public et qui peuvent aider la cause que vous défendez. Autre élément très important, à mon sens, c’est le rôle des patients, par le biais de leurs témoignages. Ils permettent au grand public de comprendre, « de l’intérieur », ce que signifie « être contaminé » ou « être malade ». La vie quotidienne des patients parle souvent beaucoup plus que des informations générales sur la maladie. Cela déclenche les questions et la réflexion sous un aspect plus humain et moins froid qu’une explication de médecin.

B. P-K. : De façon plus générale, qu’attend votre lectorat comme informations sur le VIH ?

P.H. : Il faut bien comprendre que nous nous adressons à un public très large et très diversifié, et que les attentes reflètent cette variété. L’une des questions qui revient très régulièrement est celle de la mise au point d’un vaccin. Nos lecteurs souhaitent également des informations très concrètes sur la maladie, les nouveaux traitements, les risques de contamination dans telle ou telle pratique sexuelle.

B. P-K. : Justement, comment pouvez-vous aborder les pratiques sexuelles dans un journal tout public comme le vôtre ?

P.H. : Le thème de la sexualité sous l’angle de la santé est régulièrement traité dans nos colonnes. Nous faisons appel à des experts régionaux incontestés pour traiter de ces questions. Ainsi, nous pourrions tout à fait aborder des questions comme le risque éventuel de transmission du VIH lors d’une fellation, d’une pénétration vaginale ou anale. Ce sont des questions qui nous sont régulièrement posées. Simplement, nous devons veiller à rester simples et très pratiques dans nos articles.

B. P-K. : Il nous semble, à nous les professionnels, qu’il y a beaucoup moins qu’avant un « bruit de fond » médiatique concernant le VIH. Qu’en pensez-vous ?

P.H. : En effet, on n’est plus dans la dimension dramatique des années 90, les nouveaux traitements ont changé, heureusement, la physionomie de la maladie. De plus il y a moins d’avancées majeures pour les patients. Alors, c’est vrai qu’on en parle moins. Et puis, on doit aussi parler des autres grandes pathologies comme le cancer, les maladies coronariennes qui touchent malheureusement des populations beaucoup plus importantes que le sida. Les professionnels de santé eux-mêmes nous sensibilisent en nous alertant sur tel ou tel problème de santé comme la grippe ou le tabagisme qui font plus de victime que le VIH. On nous appelle rarement pour le sida en dehors d’événements médiatiques. Il y a également un paradoxe difficile à vivre pour les professionnels de la communication : on nous répète que le sida est devenu une maladie chronique, qui exige des soins continus, à l’instar du diabète ou de l’asthme, presque banale, et il faudrait malgré tout en parler sans cesse. Nous sommes tenus de hiérarchiser notre information en évoquant d’abord les maladies du plus grand nombre.

B. P-K. : Qu’attendez-vous des professionnels de santé de la région ? Comment pouvons-nous mieux « communiquer » avec vous, les journalistes, pour atteindre votre lectorat ?

P.H. : Nous ne sommes que des relais, des passeurs, entre des professionnels de la santé « qui savent » et le grand public « qui veut savoir ». Dans la grande majorité des cas, nous écrivons nos articles de notre propre initiative, à partir des publications scientifiques et de l’actualité médicale que nous recevons ou suite à la sollicitation de certains spécialistes. Comme je vous le disais, peut-être faut-il que nous soyons plus informés sur ce qui se passe dans la région par rapport au VIH, que vous nous donniez régulièrement les données épidémiologiques, locales notamment, que vous nous alertiez également sur les aspects encourageants comme celle de ces mères séropositives qui peuvent aujourd’hui avoir des enfants non contaminés… Et que les responsables de campagnes de prévention fassent preuve de plus d’imagination. Parce que la prévention, parmi toutes nos informations sur le sida, doit rester le message primordial que nous devons faire passer.

Bernard PROUVOST-KELLER, comité de rédaction

(1) Entretien réalisé le 22 mars 2005, relu et validé par Pierre Hillion
(2) Depuis la date de cet entretien, Nice-Matin a publié plusieurs articles en rapport avec l’infection à VIH (cf “Sida grande cause départementale 2005” p.12
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