Homosexualité et prévention
Février 2005
Dans le cadre des actions de prévention de l’association AIDES, j’interviens depuis un an dans six établissements
des Alpes-Maritimes qui accueillent une clientèle homosexuelle et bi-sexuelle. Ce sont des lieux de rencontre,
de détente et certains, des lieux de rencontres sexuelles.
Mon rôle est d’informer, avec un stand d’information, et de créer un espace de parole où chacun sait qu’il pourra venir me
rencontrer et parler en toute liberté de ses pratiques, sans être jugé.
Ces lieux pour les gays mettent à disposition de leur clientèle des outils de prévention. Des brochures d’information et des
préservatifs sont disponibles à volonté. C’est le Syndicat National des Entreprises Gays (SNEG) qui les approvisionne.
Pourtant, je constate sur le terrain un relâchement quant à la prévention. Le retour des pratiques à risques chez les
homosexuels et leurs partenaires, relevé par les diverses sources d’informations officielles, les enquêtes d’opinion et
autres, est bien réel. Et cela, alors que la grande majorité des individus connaît les modes de transmission du VIH !
En tant qu’acteur de prévention, j’essaye de comprendre avec mon interlocuteur, ce qui peut mettre un frein à la prévention
systématique. Quels sont les facteurs qui interviennent dans sa prise de risque, qu’elle soit permanente ou occasionnelle.
Plusieurs éléments sont déterminants. Sur le plan psychologique, la mauvaise estime de soi, le manque de confiance ou la timidité
sont fréquemment en cause. Des facteurs de vulnérabilité comme une homosexualité mal assumée, une bisexualité mal vécue,
la peur de l’homophobie, la jeunesse, l’exclusion ou la précarité sociale,… reviennent également au cours des entretiens.
La communauté homosexuelle, mobilisée depuis le début de l’épidémie, s’essouffle. L’utilisation du préservatif s’est imposée
sans que cela soit un choix. Cette génération, qui n’utilisait pas le préservatif avant l’arrivée du sida, a du mal à l’intégrer
au quotidien. Beaucoup de personnes pensent que, grâce à l’arrivée des trithérapies, les derniers jours du préservatif sont
proches. Il y a également une mauvaise compréhension de l’efficacité des traitements actuels. Certaines personnes touchées
par le VIH, qui, grâce aux médicaments ont une charge virale indétectable, pensent qu’elles ne sont plus contaminantes. Les
effets indésirables et les séquelles sont complètement occultés.
Mon rôle à AIDES est d’informer, de responsabiliser individuellement chaque personne que je rencontre. Si une personne
séronégative a des pratiques à risques, je lui rappelle les conséquences que pourrait avoir son comportement sans porter
de jugement.Tout individu peut être séropositif, cela ne se voit pas et il n’est pas facile pour un séropositif d’informer
ses partenaires quant à sa sérologie. Les pratiques sexuelles éphémères n’encouragent pas les personnes séropositives à
s’étendre sur leur sérologie. Je rencontre également des personnes séropositives qui ont des pratiques sexuelles à risques et
qui le reconnaissent. Elles sont souvent exclues de la prévention classique parce qu’incomprises au motif qu’elles n’utilisent pas
de préservatif de façon systématique. Mon rôle est de les informer et de comprendre avec elles, ce qui met un frein à la
prévention systématique. Lorsque cela s’avère nécessaire, j’envisage avec elles les moyens de simplement réduire les risques.
Je m’efforce de ne pas porter de jugement sur ces pratiques, car je n’obtiendrais alors qu’un rejet des messages de prévention.
Enfin je rencontre des personnes qui ne connaissent pas bien les pratiques à risques de contamination par le VIH ou les
autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST). C’est le cas chez les jeunes homosexuels avec qui il n’est pas facile de
rentrer en contact. Pour amorcer le dialogue, j’utilise parfois un questionnaire préétabli. Ceci permet de débloquer leur
parole et c’est bien là le début d’un travail de prévention.
La Côte d’Azur est une région très prisée par les touristes gays. AIDES se doit d’être présent dans les lieux phares et le plus
souvent possible, ce qui permet de réagir rapidement et de façon adaptée aux demandes des personnes.
Hugo ARENA, délégué d’action de prévention, association AIDES, délégation départementale du 06
Contact : 25 avenue Malausséna 06000 Nice Tel : 04 93 55 90 35 E.mail : gaynice@aides.org
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