Drogue du Viol : le GHB (1)
Février 2005
Entre mythe et réalité...
Attention, « date rape drug »... Voici comment le GHB fut propulsé sur le devant de la scène médiatique française
par l’ensemble de la presse écrite et télévisuelle, à la fin des années 90. Plutôt surprenant lorsque l’on sait que cette
substance fut, dès sa découverte par le Pr. Laborit en 1961, utilisée légalement ou non, par des anesthésistes, des
culturistes, des insomniaques, des fêtards, voire, dans certains cas, par des alcooliques en recherche de substitution.
Pourquoi alors cette approche si réductrice ? Le nombre de situations attestées de soumission chimique au GHB ne
peut à lui seul l’expliquer. Bien au contraire, les psychotropes médicamenteux, benzodiazépines (2) en tête et surtout
l’alcool, sont les principales substances impliquées dans ce type de délit.

Sur le terrain, les intervenants de la Mission Rave de la Mutualité Française des Alpes-
Maritimes et de Médecins du Monde n’ont d’ailleurs rencontré qu’une seule fois cette
substance, en 7 ans d’activité et plus de 200 interventions en raves parties, concerts,
soirées privées, festivals, squats ou discothèques. Son utilisateur en avait un usage
exclusivement personnel et récréatif, recherchant un effet euphorisant proche de
celui procuré par l’alcool mais selon lui « sans aucun effet résiduel désagréable du
lendemain type “gueule de bois” ».
Il n’empêche, depuis plusieurs mois, la rumeur d’une augmentation importante de
situations de soumission chimique au GHB semble grandir au sein de la communauté
des “clubbers” des Alpes-Maritimes. Responsables et personnels d’établissements de
nuit mais aussi simples participants, tous ont au moins un exemple, un témoignage
crédible à proposer, attestant du phénomène. Parmi les personnes interrogées
localement, un homme de 25 ans a même déclaré avoir été victime de ce type
d’agression. Et que dire du témoignage de ce père de famille qui découvre son fils de
16 ans commandant sur Internet du GHB et qui pour toute justification concernant sa
démarche, explique tranquillement « qu’avec ce produit, il paraît que c’est plus facile de
se faire des filles... »
Alors, que penser de tout cela ? Il y a certainement des situations de soumission chimique dans les Alpes-Maritimes, mais sontelles
réellement liées au GHB ? Difficile de le dire. Et quand bien même elles le seraient, n’est-ce pas plutôt le comportement
de l’agresseur que la substance utilisée qu’il nous faudrait stigmatiser ? Ceci nous oblige alors à une réflexion plus large qui
interroge notamment ces notions d’altérité et de rapport à l’autre, dans une société où cet autre semble de plus en plus
souvent réduit à un simple objet de consommation.
Jérôme REYNAUD, Coordinateur Santé Publique, Mutualité Française des Alpes-Maritimes.
Entre réalité et mythe…

Les affaires de GHB sont rares. Pourtant, leur détection dans les breuvages est très facile et
leur identification dans des comprimés, des poudres ou des ampoules se fait sans difficulté.
Le GHB est en revanche difficile à retrouver dans un prélèvement biologique (sang, urine,
etc.) car il disparaît totalement du sang en moins de cinq heures et de l'urine à la miction
qui suit ce délai. Les données nationales centralisées auprès de l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) n'ont permis de recenser que six cas
plausibles en six ans, de 1998 à 2003. Des données analogues sur le territoire des USA confirment la rareté des cas plausibles.
Comme pour tous les produits vendus de manière clandestine ou illicite, il faut tenir compte de la sémantique très particulière
habituellement rencontrée dans les cercles d'usagers. Le mot GHB est utilisé comme un néologisme passager et de circonstance,
une dénomination “commerciale” ou accrocheuse, et pas comme une définition terminologique correspondant à un
produit chimique déterminé. C'est donc rarement du GHB qui est désigné sous ce vocable et quand c'est du GHB c'est
toujours à des doses infinitésimales donc sans aucun effet possible comme chez les bodybuilders il y a vingt ou trente ans
quand on leur avait fait croire que c'était un anabolisant !
Le fait que le GHB soit un anesthésique général de courte durée d'action (30 à 90 mn selon la dose par voie orale),
d'installation brutale, suivie d'un réveil franc, sans compter la nécessité de le ré-administrer, ne le prédispose pas à
une utilisation de plusieurs heures, ni a fortiori de toute une nuit. Dans presque tous les cas de recherche d'une relation
sexuelle avec consentement vicié, l'alcool éthylique et les benzodiazépines (2) sont retrouvés ou avoués. C'est donc ces
produits qui sont réellement utilisés. Toutes les benzodiazépines sont éligibles à ce type d'utilisation sans distinction
entre elles. Il arrive même que l'agresseur utilise les benzodiazépines que la victime prend habituellement en les puisant
dans son sac ou en les trouvant chez elle.
Yves JACOMET, Médecin biologiste des hôpitaux, Pharmacologue-Toxicologue, CHU de Nice.
(1) Gamma HydroxyButyrate de Sodium, communément connu sous le nom de gamma-OH
(2) Anxiolytique
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