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Réseau VIH, Revi-Hop 06

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La Réduction Des Risques (RDR) enfin reconnue ? (1)


Septembre 2004

Bonjour, je suis Éducateur Spécialisé à Entractes, qui est un lieu d'accueil pour les usagers de drogues à Nice. Depuis mars 1998, avec une équipe pluridisciplinaire de professionnels du champ sanitaire et social, nous travaillons dans le cadre de la Réduction Des Risques (RDR).

À la Boutique Entractes, comme à Entractes Mobile, équipe mobile du Programme d’Echange de Seringues (PES) de Actes, nous offrons un accueil anonyme et sans jugement aux personnes consommatrices de drogues. À Entractes, les usagers peuvent se poser, se reposer, manger, échanger ou prendre du matériel stérile, se laver, laver leur linge, être écoutées, orientées suivant leur demande. Mais aujourd’hui, ce travail qui a pourtant prouvé son efficacité, n’est toujours pas reconnu légalement. Nos structures sont maintenues dans une précarisation et un cadre expérimental. Nous agissons dans une situation paradoxale. L’Etat nous finance pour donner du matériel stérile (seringues) à des personnes qui consomment des drogues et qui sont donc passibles de prison (Loi de 1970). Nous-mêmes, nous ne sommes pas à l’abri de poursuites pour "incitation à la consommation". Or, il est démontré que ce type d’action a fait reculer le nombre de contaminations VIH et le nombre d’overdoses parmi la population des toxicomanes.

Dans le cadre du projet de loi de Santé Publique, le sénat a adopté un amendement déposé par Bernard PLASAIT (UMP) et repris par le gouvernement qui donne, enfin, un cadre légal à la RDR. Cette reconnaissance était très attendue par l'ensemble des acteurs de prévention. Cet amendement affirme la responsabilité de l'Etat dans le domaine de la RDR en l’intègrant à la politique de Santé Publique. Le texte indique que les actions de RDR seront menées dans le cadre d'orientations définies par un document national de référence qui sera approuvé par décret.

Il ne faudrait pas que ce document se limite à la RDR infectieux car il ne s'agit pas seulement de donner du matériel stérile aux usagers de drogues mais aussi d'entrer en contact avec eux et de les accompagner. On ne peut pas isoler la RDR de la prévention, des soins, de la question de la précarité et du soutien psychologique. Ce travail nécessite des moyens financiers et du personnel qualifié. Or, aujourd'hui, entre autre, faute de base légale, beaucoup de dispositifs comme Entractes ou Entractes Mobile reposent sur des co-financements à durée limitée, par nature fragiles et aléatoires.

Tout dépendra de ce que mettra le gouvernement dans le cadre adopté et intégré au code de la Santé Publique. Les "Bus méthadone", qui délivrent ce traitement dans la rue au plus près des usagers et dans les "Boutiques" comme Entractes, seront-ils enfin reconnus et financés comme structures pérennes de Santé Publique ?

Patrick FAVOT, Educateur Spécialisé, Chef de service Entractes, 6 rue Offenbach - Nice Contact tel 04 93 16 00 49



(1) Réf. amendement
Après l'article L.3121-2 du code de la Ssanté Publique, sont insérés trois articles ainsi rédigés :

Art. L 3121-3 : La définition de la politique de réduction des risques en direction des usagers de drogue relève de l'Etat.

Art L 3121-4 : La politique de réduction des risques en direction des usagers de drogue vise à prévenir la transmission des infections, la mortalité par surdose par injection de drogue intraveineuse, et les dommages sociaux liés à la toxicomanie par des substances classées comme "stupéfiants".

Art L.3121-5 : Les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue, qui relèvent du 9° de l'article L. 3121 du code de l'action sociale et des familles, concourent à la politique de réduction des risques. Leurs missions sont définies par décret en Conseil d'Etat. Dans le chapitre 2 "Programmes de santé et dispositif de prévention", l’article 7 bis (nouveau) indique :
"Les dépenses afférentes aux missions des centres visés par le présent article sont prises en charge par l'Etat, sans préjudice d'autres participations, notamment des collectivités locales".
"Les actions de réduction des risques sont conduites selon les orientations définies par un document national de référence approuvé par décret".
"Les personnes accueillies dans les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue bénéficient d'une prise en charge anonyme et gratuite".

(2) Pour plus d’information, vous pouvez consulter l’article "Histoire, histoires... La RDR pourvu qu’on vive..." F. ARNOLD-RICHEZ, Vol 6 n°2 Courrier des addictions, disponible sur simple demande au réseau ville-hôpital
LA REDUCTION DES RISQUES, C'EST QUOI ? (2)
  • C'est un ensemble de stratégies visant à limiter les risques et les dommages sanitaires et sociaux liés à l'usage de drogues.
  • Elle part du postulat qu'un monde sans drogue n'existe pas. Au lieu de juger, il faut informer et accompagner les usagers pour éviter les pratiques à risques.
  • Elle est née en France, dans les années 80, avec l'épidémie du Sida. Son objectif initial était de limiter les VHB, VHC) chez les injecteurs de drogues. Elle s'est élargie à une prise en charge globale de la santé des usagers. Elle prend en compte les différents dommages liés aux drogues, selon les produits consommés, les personnes et leur environnement.
  • Elle adapte son message de prévention aux personnes, quel que soit leur parcours dans la toxicomanie.
  • Il vaut mieux ne pas consommer de drogues.
  • Si on en consomme, il vaut mieux ne pas le faire par voie injectable.
  • Si on consomme des drogues par voie injectable ou nasale, il vaut mieux utiliser du matériel propre et à usage unique (seringue ou paille). La réduction des risques est une démarche de prévention, de soins et de restauration du dialogue avec les plus marginalisés. Elle refuse de réprimer les usagers de drogues, mais choisit d'en faire des partenaires de la prévention.


L'information mise à disposition sur www.revihop06.org vise à soutenir et à renforcer l'information sur des questions en rapport avec la santé. En aucun cas elle ne se substitue à la relation entre un soigné et un soignant.
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