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Piercing et tatouage, phénomène de mode ou problème de santé publique ?


Septembre 2004

Tatoueurs et perceurs échappent en France à toute réglementation sanitaire. On estime leur nombre entre 800 et 1400. Ces professionnels ne sont assujettis à aucun texte précis, alors qu’ils interviennent sur le corps humain dans un but esthétique avec du matériel médical (pinces, aiguilles, cathéters, stérilisateurs, gants).

Le piercing du lobe de l’oreille est aux mains des bijoutiers. Il est effectué grâce à un pistolet perce-oreille qu’il est impossible de bien décontaminer. Les piercings plus complexes (face, langue, cartilage, nombril, organes génitaux) sont réalisés par des professionnels dans des salons où sont effectués des tatouages. Ces piercings sont aussi pratiqués par des perceurs ambulants travaillant à domicile, sur les marchés ou dans les raves parties. Il existe aussi des coiffeurs-perceurs. Pour des raisons de coût, des adolescents pratiqueraient entre eux des piercings ”sauvages” avec la même aiguille. C’est aussi le cas des personnes en situation de marginalité ou de grande précarité. Ces piercings corporels sont plus souvent réalisés chez des sujets jeunes, plus fréquemment chez les usagers de drogues que dans la population générale(1).

Dix à vingt pour cent des piercings se compliquent d’une infection bactérienne à staphylocoque, streptocoque ou bacille pyocyanique. Cette infection, qui peut être locale, locorégionale ou générale, survient immédiatement ou pendant la cicatrisation qui peut durer plusieurs mois(1, 2). Si le risque d’infection bactérienne est fréquent et bien documenté, il y a des raisons de craindre une infection virale. Plusieurs observations d’hépatite C à la suite de tatouages ont été rapportées, dont une récemment après un piercing de l’oreille(3). Il existe donc un certain nombre d’arguments qui permettent de penser que tous les actes de modification corporelle avec effraction cutanée (tatouage, piercing, épilation par hydrolyse, maquillage permanent) sont susceptibles de transmettre une infection virale(1, 2, 3). La seule enquête sur la pratique des tatoueurs et perceurs a été effectuée par Béatrice Luminet dans 8 studios du département de l’Hérault(4). Cette enquête a révélé de graves lacunes d’hygiène, plus inquiétantes encore pour le tatouage que pour le piercing. Certains pays comme le Canada ont choisi d’élaborer des recommandations à l’usage des professionnels, pour les pratiques du tatouage et du piercing. Dans ce pays, la pratique du piercing nécessite un agrément des autorités sanitaires. Des contrôles réguliers sont réalisés pour assurer l’application correcte des procédures. En France, il ne faudrait pas attendre un fait divers dramatique, comme celui survenu récemment chez une jeune femme décédée d’une endocardite bactérienne à la suite d’un piercing, pour aboutir à une réglementation de ces gestes. Cette réglementation devrait être suffisamment souple et acceptée de tous pour éviter une pratique sauvage qui serait plus dangereuse que celle qui a cours actuellement. Le but de notre intervention est aussi de mettre en garde le public contre les professionnels qui ne respecteraient pas les bonnes pratiques telles qu’elles sont rappelées dans l’atelier de Nicolas Giorni à Entractes.

Denis OUZAN, comité de rédaction


(1) Ouzan D. Piercing et hépatite C. Gastroenterol Clin Biol 2004;28:455-7.
(2) Grasset D. et al. Le piercing des oreilles responsable d’une contamination par le VHC. Gastroenterol Clin Biol 2004;28:507-8.
(3) Guiard-Schmid JB. et al. Le piercing et ses complications. Presse Med 2000;29:1948-56.
(4) Luminet B. et al. Sécurité sanitaire, tatouage et piercing. BEH 2002;4:1-5.
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