Le Piercing sauvage
Septembre 2004
Le piercing est une technique de modification corporelle très
ancienne dans les cultures tribales. Elle est apparue depuis
environ une quinzaine d’années en France et en Europe. Elle
se répand et se démocratise de plus en plus. Elle est, de nos
jours, très fréquente chez les jeunes et fait quasiment partie
intégrante de la culture techno.
Cet acte, pratiqué dans de bonnes conditions par un professionnel, ne comporte
que peu de risques. Un certain nombre de personnes ont tendance, au regard
des prix parfois exorbitants pratiqués, de 30 à 100 euros selon les perceurs et
la localisation du bijou, à se percer eux-mêmes ou entre eux, comme je l’ai
constaté lors de mon stage de Moniteur-Educateur à Entractres, en discutant
avec le public accueilli. Un piercing, même s’il est fait dans les règles, peut
causer des déchaussements dentaires en rapport avec un piercing à la lèvre,
une hyper salivation et une détérioration de l’émail dues à un piercing de la
langue, des infections, des allergies, des rejets, etc. C’est pourquoi, certains
hôpitaux ont développé une consultation spécialisée dans le traitement des
problèmes liés aux piercings et à leurs effets secondaires.

En France, il n’y a aucune loi concernant la pratique du piercing, hormis celle
sur la protection des mineurs qui soumet l’acte à un accord parental et une
loi sur la destruction des déchets infectieux. La plupart des professionnels
respectent des conditions d’hygiène et d'asepsie sans y être vraiment obligés.
Ces règles, si elles peuvent permettre un travail plus sécurisé, ne sont pas
forcément garantes de la non infection ou du non rejet du piercing.
Faire un piercing requière de prendre des précautions : c'est un acte intrusif, comme peut l’être l’usage de drogues par voie
intraveineuse. Il peut, en cas de réutilisation du matériel ou d’usage de matériel non stérile, transmettre les mêmes maladies
et infections (VIH,VHB,VHC, etc.). Cela impose au perceur, non seulement une hygiène très stricte comme un lieu propre
et sain, des vêtements propres, des mains propres et désinfectées, des gants et du matériel stériles, mais aussi de travailler avec
asepsie.Tout le monde ne possède pas des aiguilles avec cathéter, des pinces, des bijoux spéciaux, en titane, acier chirurgical
ou téflon.
Un piercing nécessite également une bonne hygiène corporelle générale de la personne percée. Durant sa cicatrisation,
il doit être nettoyé régulièrement avec un antiseptique local pour les surfaces cutanées ou avec une solution buccale pour
les piercings ayant un rapport avec la bouche ou les lèvres.
Sachant cela, on peut se demander quels sont les risques réels pris par les personnes qui se percent elles-mêmes ou
entre elles, à la "sauvage", et dans quelles conditions elles le font. Possédant moi-même quelques piercings et d’assez bonnes
connaissances sur le sujet, j’ai fréquemment été sollicité par les usagers de la Boutique. Ceci m’à incité à mettre en place
"un atelier piercing" au cours de mon stage à Entractes. L'objectif était de fournir à ces personnes, qui vivent dans une
situation de grande précarité et de grande marginalité, une information adaptée et les moyens nécessaires à la bonne
cicatrisation et à l'entretien de leur(s) piercing(s). Susciter une discussion autour du piercing m'a permis de mieux connaître
les usagers d’Entractes et donc de les conseiller de façon plus adéquate.
Le bilan est plus qu'inquiétant. Les personnes qui s’auto-percent ou qui se font percer par un amateur,
le font de façon
très risquée. J’ai noté :
- réutilisation du matériel de piercing. En plus des risques évidents de transmission des infections, le matériel pour
percer se dégrade après la première utilisation. En effet, le biseau de l’aiguille n’est fait que pour être utilisé une seule
fois. Il s’émousse lors des utilisations ultérieures en enlevant une bonne partie des qualités perforantes de l’aiguille ce
qui end le piercing beaucoup plus douloureux,
- partage des bijoux et bijoux inadaptés,
- utilisation de matériel non stérile,
- manque d’hygiène du lieu, généralement dans un squat, et du perceur,
- manque de désinfection et d’entretien du piercing,..
- piercing "test" sur différentes parties du corps
Au vu de tout cela, on peut donc se demander jusqu'où vont les risques, bien réels, pris lors de ces pratiques et de quelle
façon il est possible de les prévenir ou de les réduire. Ceci montre l'importance de bien informer les personnes. On peut aussi
se demander quelle est, dans la pratique du piercing sauvage,
la limite entre modification corporelle et auto-mutilation...
Nicolas GIORNI, stagiaire Moniteur-Éducateur, Entractes, Nice
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